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Les vendredis de la passion: Les marins racontent

Chapitre 2 : Le port de Cherbourg, sans les parapluies...

Nous avions faim en arrivant à Cherbourg ; l’hôtelière nous indique un resto en face de la mairie et nous y faisons un magnifique repas. Moi qui pensait que c’était le dernier avant de partir, eh bien, les membres d’équipages et surtout la compagne du karavokyris[1],  qui accompagnait le Traité de Rome depuis Nieuport et qui sont venu avec un jour d’avance, ont été facilement persuadé de nous accompagner,  à un moment ou arrivant à Cherbourg et sachant que le reste de l’équipage ne serait pas là avant  minuit, qu’ils pourraient aussi bien en profiter pour aller manger avant la traversée de la manche en partie et  au loin du golfe de Gascogne, puisque nous ne nous arrêterions théoriquement  qu’à Lisbonne  ou même qu’à faro en Algarve. Après avoir embarqué les victuailles, en attendant Ariel et Soli, nos compagnons de voyage, allons manger.

En arrivant, les deux compères se sont rués sur les pâtes et le vin, nous faisans un débriefing de leurs voyages, nous n’allons dans nos bannettes[2] que vers 1 heure du matin.

J+1 -«Il est quatre heure du mat, j’ai des frissons » (chansons presque bien connue), le bateau s’éveille lentement, un par un nous nous risquons à sortir de la cambuse[3] en trainants des pieds pour certains, en me dépêchant en ce qui me concerne, je vais faire mes dernières ablutions d’usage sur la terre ferme, tentant par ce fait de respecter le sommeil des autres, mes entrailles désespérées de ne pouvoir assouvir un besoin urgent dans la seule toilette du voilier aurait fini de réveiller en sursaut le reste des « endormis ».

Nous sommes partis de Cherbourg, « -Le cacomoteur puant propulse le fier et beau destrier, vaisseau emblématique s’il en est, dédié depuis 1976 à des traversées pan maritimes à.…- disons 6 nœuds-. Pour vous donner une comparaison plus terrestre, imaginez-vous confortablement installé sur une bécane le cul sur la selle, avec un monocylindre en dessous de vous, pédalant à la papa, des vibrations vous secouant les fesses et ne sachant d’où elles viennent, la puanteur du pétrole dans le carré devient insupportable, -" Là tu exagères hein Nick " -non, à peine !)  Voilà, vous y êtes ? C’est ça la vitesse à laquelle vous avancez. Foutez vous de ma gueule, c’est pas mal du tout, et puis vous n’y étiez pas à bord. Na ! 

 

Le soleil levant joue à cache-cache avec les cirrus d’altitude qui  et alto cumulus, la brise n’étant pas encore bien établie, profitant de la rosée et de l’humidité fraiche,    « -caillant même, de cet air froid qui vous bloque la respiration, salé et humide,  que nous allions de toutes façons avoir tout le temps passé sur le voilier, sauf qu’au-delà de 20-25 degré, c’est le contraire qui se passe, on s’étouffe à l’intérieur et on brûle à l’extérieur »- avec son mat qui a plus de trente mètres du niveau de la mer, bougeait au gré des vagues et de la houle « -P...ain de pull-over oublié, la petite brise rafraîchissante qui vous charmait à terre s’est transformée à bord en un petit vent aigrelet qui vous glace.»- je me suis retourné une dernières fois, admirant le phare et le reste du bout de terre normande, une profonde inspiration m’a allégé le cœur et m’a endormi les sinus, et ce sentiment de liberté qui s’emparait toujours  de moi à chaque fois, à chaque départ, m’empêchait de penser à quoique ce soit d’autre qu’à être bien dans cet état d’esprit.

«- Donc disais-je la bourrique (nom méprisant que l’on donne à cet engin malodorant et capricieux qui tombera en panne à de nombreuses reprises) vous fait avancer pépère. Le ronronnement rassurant –au départ- du moteur est ponctué par des éructations du pot d’échappement. Bref, on avance.

-« Nico, valegruatakatabastakasrundkiti qu’il dit, !! » j’étais à l’avant et cela m’a semblé être un ordre du dragon,[4]  « -Le squippeur, ou skipper, dérivant du français équipage, a été traduit dans des temps immémoriaux par les Zanglisheu et rapatrié par des " yankeumanes " maniaques d’anglicismes étant donné que ce loisir futile et cher est bien dans le tempérament britannique. Donc le skipper est un être propriétaire ou responsable d‘un navire, vêtu de rouge, parfois avec des rayures grises ou blanches horizontales et en manque d’équipiers.

 

 -Ce personnage est généralement pourvu d’un organe vocal de fort calibre, une grande gueule en forme de porte-voix et le droit d’en abuser. Cet organe se transforme parfois en doux gazouillis quand il s’agit de décrire en termes dithyrambiques une croisière vers des îles lointaines situées de 10 à 2.000 milles environ du port de départ, la joie de se déplacer en utilisant uniquement la force du vent, les mouillages enchanteurs de ladite île lointaine. Les repas à bord et tutti quanti…. Surtout en présence de personnes qui risquent de se sentir attirées par la mer. Personnes qui, il faut l’avouer sont influencées par les articles écrits par d’autres personnes qui n’ont jamais embarqué à bord d’un voilier excepté pour des « courtes » journées d’initiations et revenant complètement bourrés.

 

Il faut dire qu’il manque cruellement de quelque chose d’essentiel : d’équipiers.

 

La danse de séduction opère et tel un gourou qui captive ses adeptes en promettant le Nirvana, le Squippeur entraîne dans une équipée sauvage de tendres et innocentes victimes béates d’admiration pour leur dieu qui s’occupe d’eux.

 

En embarquant l’invité change immédiatement de statuts. Il devient équipier.

 

Sa facette de capitaine n’était encore pas connue des équipiers, par contre ceux qui l’avaient accompagné depuis le début du convoyage avait pu entrapercevoir un avant-goût lorsqu’à peine arrivé à son premier port d’attache, Cherbourg et a peine amarrée, il avait demandé qu’on répare et repeignent les endroits endommagés. – « ça c’est fort de café » hein Alan ?

 

A propos de l’équipage, « - Prenez une très très grande quantité d’eau salée, un échantillon d’humanité non représentatif de l’espèce humaine, quoique, un récipient +/- étanche ou +/- imperméable, les lois de l’aérodynamique, de la physique, de la météo, une bonne dose d’optimisme, un zeste d’inconscience et beaucoup de masochisme ».   Agitez le tout, heu, non pas besoin, ce n’est pas un problème, cela se fera tout seul.  Et vous obtenez un équipage. L’équipier est un être frustre dépourvu d’intelligence qui n’arrive pas à assimiler en 20 secondes ce que le skipper a péniblement mis 20 ans à acquérir.

 

- « Nico !!! nous allons  mettregennackerpasserroulette etbastaque auchaumardaxe davierdessusextérieurchandelieretfilièredansl’axeridoirroulettegrrrdevantdansaxecotégauche en avant dehors de tout  et drisse, c’est la bleue je t’ai dit t’as compris?   Autant que vous !  

« Donc vous vous êtes laissé séduire par ce discours démagogique et fortement teinté d’irréalisme. Vous embarquez. J’oserai paraphraser Molière : qu’allez-vous faire dans cette galère ? "

Quand un débutant embarque, le skipper, prudent, amène avec lui une connaissance pas forcément équipière, qui lui évitera d’avoir à trop s’occuper de son/ses éléphant. Le titre affectueusement ironique, " éléphant ", est attribué à toute personne inexpérimentée. Quand vous embarquez pour la première fois vous comprenez vite pourquoi.

Vous embarquez :

Où me mets-je ? Mets-toi là, ne bouge pas, c’est très bien, comme ça tu ne dérangeras pas. "

 

- le squippeur, patron, seul maître à bord est lancé vers le large, la sortie du port, de la baie, de la rivière, du ruisseau, -bon, ce n’est pas un ruisseau !  Observez bien le skipper installé à la barre, il est béat, il demande de tirer sur un boute, de régler une écoute, de rajouter le génnacker, se penche sous le vent, lève la tête, regarde devant et…. IL EST HEU-REUX. Profite en bien, camarade équipier, de ce moment de bonheur car ces brefs instants passés, le skipper va vouloir  faire partager sa passion, il va vouloir t’apprendre la navigation de plaisance haha haha...

 

[1]Gr. trad : Bateau-maître ; propriétaires de bateau ou semblant faire comme si. Trait d’humour

[2]- Couchette d'équipage à bord d'un navire de guerre, tiens lieu de lit, porte-valise, casse-gueule au virement de bord, fourre-tout d’urgence, surtout essaies de dormir quand t’es du mauvais côté à l’étage, quand tu chute, tu rebondit à celle du dessous ou sur le plancher, au choix du navire.

[3] En argot, la cambuse est une chambrette misérable, un taudis. Partie d'un navire, prise entre la cale et le faux-pont où était entreposé, dans la marine traditionnelle, une partie des vivres. –bon ici, ce sont au même endroit du navire, c’est-à-dire dans le carré (salon, chambres, cuisine, que tout se trouve...)

+

[4] - c’est comme cela que l’a nommé une amie quand, arrivé au ponton ou était amarré le voilier, celui-ci donnait ses instructions pour les membres d’équipage.

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